Ouvert par les personnels, enseignant/e/s, chercheur/e/s, de l’université Paris 12, en grève à l’appel de la coordination nationale des universités, ce blog propose à tous les personnels et étudiants de Paris12 (UFR, IUT, IUFM, labos, etc.) un espace de mobilisation, d'information, de débat sur le mouvement déclenché en février 2009 contre:
- le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs
- le démantèlement des concours de recrutement et le projet formation des enseignants des premier et second degrés
- les conséquences néfastes de la loi LRU pour les étudiants et tous les personnels enseignants, chercheurs, biatoss
- la remise en cause des statuts et des instances d'évaluation nationale
- la transformation des organismes de recherche en agences de moyens pour une recherche et un pilotage à court terme de la recherche et de l’enseignement supérieur par le pouvoir politique
- le contrat doctoral sans moyens réels
- la suppression des postes dans la recherche, l’enseignement, l’administration et les bibliothèques universitaires
- l'ouverture d'un marché du savoir et des enseignements du supérieur livré au secteur privé, commercial ou religieux.

L’Université n’est pas une entreprise, le savoir n’est pas une marchandise.
La professionnalisation à court terme n'est pas l'objectif premier de la formation universitaire.
L’investissement dans l'éducation à tous les niveaux est la plus sûre des relances.

Le gouvernement doit retirer ses décrets pour engager une véritable négociation avec les représentants des mouvements actuels et prendre en compte leurs propositions pour

- un service public de l'éducation de la maternelle à l'université accessible à tous
- une répartition égale des moyens de l'enseignement supérieur post-bac
- le développement des espaces de libertés pour l'enseignement et la recherche (libre débat, innovation, expérimentations, créations)
- des modes de recrutement et d'avancement reposant sur des critères nationaux explicites et transparents

Ce blog est modéré sous la responsabilité de la coordination des personnels en lutte et des organisations syndicales participant au mouvement.
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lundi 7 septembre 2009

11 septembre 2009, quoi de neuf à Paris12 en lutte?

Vendredi 11 septembre de 12h30 à 14h
Salle de réunion de la Maison de l'Etudiant du CMC à Créteil

Proposition d'ordre du jour :

- Mastérisation (où en est-on ? conséquences au niveau local .....)
- Statut des EC
- Echéances électorales à P12 (dans les UFR, les Conseils...)
- Planning des futures réunions
- Proposition d'actions (la première pourrait être d'aller accueillir Valérie Pécresse le 13 sept. voir son invitation plus bas)


Amicalement

Catherine Deville Cavellin, Brigitte Blondet, Angélica Keller, Gérard Lauton, Mustapha Zidi

mardi 14 juillet 2009

Et si c’était maintenant que ça commençait ?

Réflexions de Sauvons l’Université ! sur le printemps 2009 des universités

mardi 14 juillet 2009

Le 10 août 2007 est promulguée la loi LRU (Libertés et responsabilités
des universités), adoptée à la sauvette le 1er août : prenant en charge
cette élaboration hâtive, Madame Pécresse a pu longtemps croire que la
rupture du paradigme universitaire qu’elle promouvait ainsi allait
passer sans trop de difficultés. Certes, en octobre 2007, les étudiants
engagent un mouvement dans une bonne moitié des universités françaises ;
certes, ils sont soutenus çà et là par des universitaires et des
collègues du personnel administratif ; certes, un vrai débat est lancé
dans certains des syndicats et certaines des associations de
l’enseignement supérieur et de la recherche dont l’une, SLU, voit
justement le jour à cette occasion ; certes, le débat - et le combat -
connaissent une nouvelle étape au printemps 2008 avec le mouvement lié à
la remise en cause des organismes publics de recherche. Reste toutefois
qu’il y a un an et demi, le monde de l’enseignement supérieur et de la
recherche ne s’était pas massivement saisi des questions posées par
cette nouvelle loi. Pas plus qu’il ne s’était vraiment emparé l’année
précédente des conséquences du Pacte pour la Recherche ou de la création
des deux agences nationales (ANR et AERES), dont on allait vite
percevoir le rôle essentiel dans le nouveau dispositif voulu par le
gouvernement. Toutes celles et tous ceux qui avaient tenté de mobiliser
leurs collègues durant cette période partagent sans doute ce constat.

Le premier semestre 2009 nous met devant une situation de nature
profondément différente. On pourrait l’expliquer en posant que les
acteurs de ce mouvement ont agi à la fois parce qu’ils étaient touchés
en tant que personnes et parce qu’ils étaient atteints en tant que
membres d’un corps. Du même coup, les conditions commençaient à être
réunies pour que le dossier devienne politique aux yeux d’une bonne part
des collègues concernés : comme dans tout agir politique, s’y sont
croisés ethos individuel, conscience des droits et devoirs d’un groupe
constitué et réinscription de l’université dans le champ social et
politique. Pour beaucoup, et ce n’est pas un hasard, la réforme de la
formation et du recrutement des enseignants du premier et du second
degré a joué un rôle essentiel dans cette prise de conscience, parce
qu’elle touche au cœur de la fonction sociale des universités, parce que
s’y noue de manière évidente l’ensemble de ces dimensions. Dans un
milieu éminemment individualiste, où toute explication des dynamiques et
de l’idéologie mises en œuvre dans l’université est souvent perçue avec
suspicion ou incrédulité et où la tension vers la recherche d’une «
vérité scientifique » tend à gommer toute analyse politique du monde et
de nos pratiques, ce regain d’action collective est riche de
perspectives à moyen terme. Il pourrait déboucher sur une repolitisation
du milieu universitaire. Il a d’ores et déjà refait de l’université un
objet politique.

Ce qui a changé ou l’irruption du politique dans le débat universitaire

Au terme de quatre mois de mouvement, nous devons admettre que nous ne
sommes pas parvenus à bloquer la dynamique des projets ministériels.
S’agit-il d’une défaite ? Le mouvement reprendra-t-il, et sous quelles
formes, à la fin de l’été ou plus tard ? Telles sont les deux questions
principales posées de façon récurrente depuis le début du mois de juin
par tous ceux qui ne se satisfont pas d’être enfin sortis d’une
situation que plus personne ne contrôlait vraiment.

Le propos qui suit entend moins répondre à ces deux questions que
revenir sur ce qui importe peut-être tout autant que ces réponses, dès
lors que la fin de cette histoire n’est pas encore écrite. L’évidence de
la dimension politique de ce qui s’est passé s’est imposée à une bonne
part des acteurs de la mobilisation, ce qui représente une rupture
étonnante par rapport à deux attitudes caractéristiques de notre société
qui n’épargnent pas la communauté universitaire.

D’abord, la tendance à qualifier de « politique » toute logique
revendicative globale, au sens négatif de « partisan », d’« illusoire »,
voire d’« idéologique », comme s’il s’agissait là d’une sorte
d’aberration, de grossièreté, inconvenante entre gens de bonne compagnie
soucieux de l’avenir de la science et de sa transmission. Ensuite,
l’usage impensé d’un faisceau de notions constitutives d’une nouvelle
doxa, en particulier ministérielle : « autonomie », « gouvernance », «
professionnalisation », « compétition », « classements, » «
responsabilité », « société de la connaissance », « compétences », «
évaluation », « excellence », « modernisation », « innovation »…
Généralisés de façon insidieuse, ces concepts forment un système de
valeurs qui, quasiment naturalisé, finit par relever d’un état de fait
excluant l’hypothèse et le débat. Le refus de généraliser dans un cas et
l’adhésion à une généralisation abusive dans l’autre contribuent depuis
longtemps, chacun à leur place, à la dépolitisation du discours sur
l’enseignement supérieur et sur ses réformes éventuelles.

Dès lors, la méfiance à l’égard du « politique » ainsi conçu tend à
faire de la réflexion sur l’université l’affaire des seuls spécialistes
de l’administration, voire - pire ! – à la restreindre à la gestion de
la vie universitaire, dans laquelle dominent le discours de l’expertise
et l’apparente neutralité technique du constat froid et indiscutable, ne
tolérant aucune élaboration collective. L’apparente rigueur des chiffres
remplace ainsi la pensée critique, le « bon sens » et les bons
sentiments se substituent à l’analyse contradictoire, la morgue des
certitudes solitaires à la délibération, trop lente au goût des
gouvernants. La réalité doit être simple : il faut faire croire que rien
n’est politique dans cette affaire, que tout relève du seul souci de la
bonne utilisation des deniers publics, de l’efficacité et du classement
légitime des compétences.

C’est justement cet édifice prétendument naturel qu’a remis en cause le
mouvement dans les universités du premier semestre 2009. Et il l’a fait
d’une façon doublement inattendue : par le nombre des interventions et
par leurs formes. On voulait présenter la « fronde » ou la « grogne »
(selon deux termes péjoratifs, récurrents dans les articles de presse
pour qualifier tout mouvement social) comme un caprice de privilégiés ne
se souciant que de leurs avantages acquis, un mouvement opposant des «
décideurs » responsables, soucieux du bon fonctionnement de
l’institution, à une corporation brouillonne, unie par l’agrégat de ses
intérêts individuels. En réalité, des pages d’analyses, des discussions
continues, des échanges nourris ont précisé toujours plus de quoi il
retournait. Des milliers d’universitaires ont commencé à parler d’autres
choses que de la répartition de leurs enseignements, du niveau des
étudiants ou de la nature de leurs recherches en cours. Au gré de ces
échanges, le caractère politique des « réformes » a été plus nettement
affirmé. Compte tenu de la syndicalisation très minoritaire dans le
milieu universitaire, une telle réaction a trouvé en tâtonnant ses
propres formes, souvent inédites : des expressions collectives –
éphémères, mais régulières - de la communauté et, simultanément, une
profusion d’interventions individuelles nourries par une inventivité
rare. Ces formes ont, non sans quelque paradoxe, proclamé une aspiration
légitime à une certaine radicalité (arrêter le fonctionnement de
l’université, bloquer tel ou tel lieu public, lancer des happenings en
direction des rectorats, des gares ou des péages d’autoroute) et admis
dans un même temps son impossibilité (elle eût été contraire à l’unité
large du mouvement mais aussi – et c’est un point qui mérite d’être
questionné – à l’idée que nombre de ses participants se font d’eux-mêmes).

Dans ce mouvement, on a donc beaucoup créé, pensé, écrit, envoyé, reçu,
lu, critiqué, marché,... tourné. Nous sommes incapables aujourd’hui de
dire quelles idées fortes resteront ; nous ne savons pas encore comment
penser l’articulation entre ces idées et les actions futures. Il n’en
demeure pas moins que cette production foisonnante a sans doute changé
les données de la situation. Beaucoup d’entre nous, dans l’inexpérience
même d’un mouvement qui n’avait pas de précédent, ont appris de leurs
hésitations et de leurs erreurs mêmes : c’est d’ailleurs là sans doute
la première des réponses à donner à ceux qui s’interrogent sur ce qui
restera de ce « printemps des universités ». Très vite, les débats ont
dépassé la simple question statutaire, contrairement à la présentation
univoque faite d’emblée dans de nombreux media - et peut-être aussi, il
faut l’admettre, contrairement aux premières motivations de certains
participants au mouvement. Ces débats se sont élargis à l’université en
général, ils ont inscrit les « réformes » du moment dans une histoire
longue, ils les ont confrontées à des bouleversements analogues touchant
d’autres secteurs (l’éducation nationale, l’hôpital, la justice, la
poste). A côté du statut des enseignants-chercheurs se sont imposés
d’autres dossiers et, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre,
cet élargissement du débat n’a pas pris la forme d’un catalogue de
revendications infinies. Il a précisé le récit politique dans lequel
l’épisode statutaire devait s’inscrire. Quelques idées force ont été
reprises par ce mouvement de manière plutôt consensuelle. Une
interprétation globale des événements s’est dégagée, dont découlait une
conclusion alarmante : l’université était aussi l’un des lieux où se
déployait une politique plus générale et polymorphe de destruction
programmée de la tradition républicaine de service public. Si cette
explication donnait sens à ce qui se passait, elle rendait
symétriquement le conflit plus aigu.

Prémisses à de nouvelles analyses

La réaction du monde universitaire, qui a pu être taxée de corporatiste,
renvoie d’abord, chronologiquement, à la prise de conscience de
l’existence d’une crise sociale profonde dans l’université, liée aux
conditions de travail et de rétribution – la perte de leur pouvoir
d’achat - autant qu’à la fonction symbolique des universitaires. La
rupture de ce pacte républicain suivant lequel, en échange de
l’acceptation de conditions salariales et matérielles peu favorables, la
liberté de recherche et d’enseignement était garantie, a renforcé des
positions plus radicalement politiques, au sens premier du terme
renvoyant à l’inscription du propos dans l’analyse des nécessités, des
droits et des devoirs liés à l’appartenance à une communauté civique. Au
passage, on a commencé à revenir sur des causalités que l’on avait
refusé de prendre en compte jusqu’alors. Il a été ainsi admis que la
source de ce que nous refusions se trouvait dans les logiques mises en
place dès le Pacte pour la Recherche puis dans la loi LRU (Libertés et
responsabilités des universités). On a mieux compris en outre que la
LOLF (Loi d’orientation relative aux lois de finance), appliquée depuis
2006, avait largement contribué à imposer des processus de gestion
administrative délétères, renforçant des logiques d’arbitrages
budgétaires et de concentration des systèmes d’information et de
décision qui nourrissent la compétition entre les individus. Ainsi ont
pu être lues ou relues différemment les injonctions de l’OCDE
(Organisation de coopération et de développement économique), les
préconisations du processus de Bologne (1999) et de la stratégie de
Lisbonne (2000). Il est apparu du même coup que l’ensemble de ces textes
et de ces dispositifs avaient une part essentielle dans la gestion
ministérielle de l’université française, qui consiste à appliquer les
critères d’évaluation de la valeur marchande immédiate à un domaine qui
ne produit à court terme que des biens immatériels. Le remodelage hâtif
d’une partie du système français d’enseignement supérieur et de
recherche à partir de références contradictoires, relevant de cultures
et d’expériences radicalement hétérogènes, n’a en fin de compte abouti
qu’à produire des structures et des pratiques hybrides, bien moins
efficaces que celles qui prévalaient auparavant. En outre, probablement
parce qu’elles concernent simultanément l’enseignement supérieur, la
recherche, et l’éducation nationale, depuis la maternelle jusqu’au
lycée, les « réformes » ont fait apparaître plus nettement que jamais la
nécessité de penser la formation des élèves et des étudiants comme un tout.

L’ensemble de ces analyses ne s’est pas pour l’essentiel développé à
partir d’a priori empruntés à des questionnements portant sur d’autres
objets : il a été construit à partir des textes et de la mise en série
critique des données publiques sur l’université dont nous disposions. Du
même coup, loin d’être arraché à son espace originel (l’université), le
mouvement de mobilisation a fait émerger une synthèse qui montre le
système idéologique à l’œuvre dans ces « réformes » et le caractère
irréductible de ce même système aux valeurs que nous entendons défendre
et promouvoir. Cette prise de conscience interdisait sur le plan
tactique d’accepter la discussion de chaque dossier au cas par cas
(puisque rien ne servait d’en régler un si les autres restaient en
jachère) mais, surtout, elle battait en brèche le consensus mou portant
l’idée de la « nécessaire réforme » de l’université. Par là même, le
discours polymorphe du mouvement se substituait, sans que cela ait été
prévu, ni pensé (et donc sans que quiconque y fût prêt...) au discours
en définitive inexistant de l’opposition politique officielle au
gouvernement en place.

Une des ambivalences et une des faiblesses de notre mouvement a sans
doute tenu à cette re-politisation brutale, donc lacunaire et partielle,
qui a dû se passer de relais politiques classiques et qui s’est
construite hors d’une pratique organisationnelle de type syndical forte.
Mais cette faiblesse peut être aussi la nouveauté de ce mouvement et son
éventuel avenir. Les universitaires ne peuvent prétendre à un monopole
de la réflexion sur eux-mêmes et l’université, mais ils ont contribué à
dévoiler les motivations du gouvernement et ont donné une place à ce
sujet dans l’agenda de la politique française.

Penser la représentation

Au travers de ce qui s’est passé ces derniers mois dans l’enseignement
supérieur et la recherche (à quoi on peut ajouter les réactions de
nombreux collègues de l’enseignement primaire à la brutalité des
différentes réformes voulues par Xavier Darcos), il est clair que, pour
la première fois depuis longtemps, la droite française met en œuvre son
projet de restructuration radicale de l’ensemble du système
d’enseignement en France. Ainsi, l’un des vrais acquis de notre combat a
été de faire apparaître le caractère central de la réforme de la
formation et du recrutement des enseignants du premier et du second
degré. En s’attaquant aux sciences fondamentales, aux lettres et
sciences humaines et aux IUFM, ce projet entend non seulement éliminer
des « maillons faibles » du système éducatif, mais surtout retrancher de
la fonction publique les enseignants – qui en constituent la majeure
partie, mais ne sont pas une des clientèles électorales traditionnelles
de la droite française. S’appuyant sur la double dualité de notre
système d’enseignement supérieur – universités / grandes écoles, public
/ privé – qu’il renforce, le gouvernement est animé par une forme de
mépris à l’égard de la culture et donc de pans entiers, non productifs à
ses yeux, de l’université (La Princesse de Clèves en étant devenue la
métaphore inattendue), il utilise le discours réformiste pour attaquer
de front les disciplines critiques que sont les sciences humaines et
sociales, et il favorise activement la croissance du secteur privé,
catholique ou non, dans l’enseignement supérieur.

Pour le gouvernement, la « réforme » n’est donc en réalité pas,
contrairement à ce qu’il claironne, une nécessité administrative et le
changement ne relève pas simplement d’une décision de « bon sens » et de
retour à une rationalité de bon aloi. Le président de la République le
dit très bien lui-même quand il fait de cette « réforme » la plus
importante de son quinquennat, une priorité absolue et une urgence
tellement impérieuse qu’elle a pu justifier toutes les précipitations et
tous les raccourcis législatifs. Aucun état des lieux n’a été fait, qui
eût replacé l’université dans les systèmes français et européen de
l’enseignement supérieur et de la recherche, qui eût posé à l’ensemble
de la société la question de la place et des objectifs assignés aux
universités, notamment à l’égard du monde du travail.

Mais les réflexions produites pendant ce mouvement ont rendu impensable
pour les principaux intéressés, les membres de la communauté
universitaire, que les « réformes » s’appliquent sans qu’ils soient
consultés et consentants : ce serait là abdiquer leur fonction
essentielle d’analyse de ce qu’ils font et de ce que l’on fait au
système d’enseignement supérieur français. La méthode du gouvernement
(faire tout en même temps, très vite et sans poser les termes collectifs
du problème, ni négocier quoi que ce soit) a contribué ainsi à
délégitimer gravement l’ensemble de l’édifice législatif récent et à
faire d’une négociation globale l’exigence collective d’une profession,
pour partie révulsée par la nature des bouleversements que l’on fait
subir à l’université, pour partie indignée de la façon dont elle est
traitée. Seule cette négociation globale pourrait rendre légitime une
réforme de l’université, elle pourrait seule faire cesser cette lente
dérive vers une « douce tyrannie ».

Cette exigence de négociations nous a confrontés au problème de la
représentation du mouvement. Nous avons souffert des faiblesses de nos
forces – un mouvement ample, protéiforme, sans base syndicale large,
unie et solide - tout autant que de la détermination de notre
adversaire. Comme l’ensemble de la société, l’université et ses
organisations représentatives sont prises dans la tendance à donner la
primeur aux individus et à la protection de leurs carrières plutôt qu’à
une conception collective de leurs fonctions sociales analogues comme
membre du même corps. De ce point de vue, pas plus les syndicats, que
les associations ou les tenants du discours sur la « dignité » blessée
des universitaires n’étaient en mesure de construire l’efficacité
politique d’une action collective.

L’amertume, les interrogations, la rage et les espoirs de ces derniers
mois ne visaient pas, par un réflexe conservateur, à sauver la vieille
université, qui n’existe plus depuis longtemps. Le mouvement a pris
conscience de ce qu’est l’université aujourd’hui et a tenté d’ouvrir des
pistes permettant de penser son futur et celui de la fonction sociale
des universitaires. La massification de l’université a eu lieu ; elle a
transformé profondément sa réalité matérielle mais aussi nos pratiques,
nos analyses et parfois, malheureusement, notre perception du bien fondé
d’un accès large à l’enseignement supérieur. Cette réaction ambivalente
tient à ce que les conséquences de la hausse du nombre d’étudiants et de
l’évolution de leurs caractéristiques n’ont pas été pensées
collectivement. Or, la question qui émerge peu à peu de la réflexion que
les universitaires ont débutée au printemps ne porte pas sur le fait de
savoir si l’université accueillerait trop de jeunes gens mais sur les
conditions nécessaires pour qu’elle continue de le faire en demeurant
l’université. L’université doit permettre un accès encore élargi de
groupes sociaux nouveaux à l’enseignement supérieur, et accomplir par là
les promesses de sa démocratisation inachevée. Cela passe, entre autres,
par le développement de pratiques démocratiques dans les relations entre
ses acteurs et par un engagement à repenser collectivement la production
et la transmission du savoir et des connaissances dans la société.
***

Ces longs mois ont donc permis d’engager un processus de réflexion sur
ce que pourrait être une autre université. C’est en partie dans cette
nouveauté et cette altérité que réside l’enjeu de la repolitisation du
dossier qui est ici notre propos. Il n’y aura pas de véritable réflexion
sur les moyens de réformer l’université sans prise en charge du
caractère nécessairement politique d’une telle réflexion. Pas plus qu’on
ne saurait réduire l’action politique à la manifestation ou à la rue, on
ne peut réserver la réflexion à la sphère purement intellectuelle,
séparée des mouvements sociaux, pour la proposer ensuite comme discours
d’expertise à ceux qui seraient les véritables acteurs de la réforme –
le pouvoir exécutif, l’administration. De même que le discours
d’expertise ne peut être réservé à quelques sommités plus ou moins
proches des réalités universitaires, le discours de l’action politique
ne saurait être capté par les rhéteurs de la radicalisation. Toute
polarisation des lieux, des formes et des organisateurs du débat
continuerait à laisser à l’extérieur de celui-ci la majorité des acteurs
de la mobilisation.

Redonner sens au politique, sur la foi de la prise de conscience qui
s’est opérée, c’est réinvestir tous les moments et lieux de la vie
universitaire et sociale. C’est continuer sans relâche d’offrir une
pensée critique aux étudiants. C’est enfin, tirant les leçons des
mouvements de ces dernières années, réfléchir au rapport entre la
réflexion sur l’université et ce à quoi elle sert de manière à ne pas
laisser au seul pouvoir exécutif la responsabilité de traduire en termes
politiques les problèmes de l’enseignement supérieur et de la recherche,
et plus généralement du système d’éducation publique en France. Cela
impose donc non seulement de construire la force politique d’une
réflexion collective, mais aussi de prendre constamment en charge les
propositions, les lieux d’où elles viennent et les usages qui en sont faits.

dimanche 5 juillet 2009

Pour une autre mastérisation

Cette contribution est le fruit de réflexions menées par un groupe d’enseignants, enseignants chercheurs, formateurs de l’Université Paris 12 - de l’UFR LSH et de l’IUFM de Créteil, convaincus qu’il est possible de dépasser les « conflits d’intérêt » et les rivalités souvent entretenues entre UFR et IUFM.
Elle n’aborde pas le contenu des concours mais l’architecture générale d’une autre mastérisation, pour le domaine des Lettres, langues et sciences humaines. Le dispositif élaboré est synthétisé dans un schéma en fin de document.

Principes directeurs :

En préalable à ses propositions, le groupe a commencé par dresser une liste des principes communs aux enseignants mobilisés des UFR et de l’IUFM, principes à partir desquels devrait être élaboré tout projet de masterisation, à savoir :
- Maintien du lien entre réussite aux concours de recrutement et formation des enseignants ;
- Préservation de la fonction publique d’Etat ;
- Refus de la mise en concurrence entre Formation professionnelle et Formation à la recherche ;
- Un vrai stage de fonctionnaire en responsabilité et en formation alternée ;
- Des concours à contenus disciplinaires ;
- Garantie de la présence universitaire au sein des jurys de concours.


Propositions :

1) Recruter les enseignants par concours nationaux de la fonction publique d’Etat
Les enseignants, enseignants-chercheurs, formateurs répètent leur attachement au recrutement des enseignants par concours - une procédure de sélection par l’excellence et de manière égalitaire pour tous les candidats à l’échelle nationale.

2) Un concours placé en fin de M1.
Les concours doivent être placés en fin de la première année de Master ; ils conditionnent l’accès au M2 MEF. Cette solution est le seul moyen d’éviter la création d’un « marché des enseignants », de respecter le caractère national du recrutement, et permet la réorientation suffisamment précoce des étudiants ayant échoué aux concours.

Argument : Le danger (et probablement l’objectif) de la réforme de mastérisation de la formation et du recrutement des enseignants telle qu’elle a été envisagée jusqu’à présent par Mme Pécresse et M. Darcos est la création d’un nombre de diplômés aux masters des métiers de l’enseignement bien supérieur à celui des reçus aux concours de recrutement des enseignants. Le résultat prévisible serait la création d’un « marché des enseignants » ouvert aux recrutements par des commissions rectorales ou des établissements, sur des contrats dépourvus des garanties statutaires de la fonction publique.
A la différence du projet actuel du gouvernement, qui prévoit l’allongement de la durée des études d’un an sans rémunération, ce dispositif permet de concilier le maintien de l’entrée dans la fonction publique d’Etat dès le début de l’année Bac + 5, et la sanction par le diplôme de master d’une formation à la fois disciplinaire et professionnelle.
La dissociation entre admissibilité en M1 et admission en M2 n’est pas souhaitable : l’année de M2 se ferait dans ce cas sous statut d’étudiant et non de fonctionnaire-stagiaire.

3) Une formation validée par des ECTS

La réussite à un concours conditionne l’attribution des 60 ECTS permettant de s’inscrire en M2 MEF.
L’admissibilité permet aux étudiants de capitaliser une partie, à définir au niveau national, de ces 60 ECTS.
En cas d’échec au concours, les étudiants peuvent poursuivre en M1 MEF l’année suivante et se représenter au concours, ou bien se réorienter dans des Masters d’autres mentions (ou d’autres domaines).
Des commissions ad hoc attribuent le cas échéant des équivalences d’ECTS de M1 pour les masters d’une autre mention du domaine d’origine.
Des réorientations peuvent avoir lieu dès la fin du premier semestre de M1. Des ECTS sont attribuées en fonction des résultats de ce premier semestre.

4) Master MEF : Un diplôme de master sanctionnant une formation disciplinaire et professionnelle.

L’année de fonctionnaire-stagiaire consécutive à la réussite au concours doit rester une étape essentielle de la professionnalisation des enseignants, grâce à une formation en alternance. Il s’agit de l’année de M2 MEF, sous statut de fonctionnaire-stagiaire.
Les deux années de masters comportent une dimension disciplinaire (dominante en M1) et une dimension professionnelle (dominante en M2).
Le diplôme de master vient donc sanctionner les deux années de préparation de concours et de stage de formation en alternance, partagée entre stage(s) en responsabilité sur le terrain (1/3 du temps) et la formation à l’université (2/3 du temps).
Des EC de préprofessionnalisation sont proposés aux étudiants dès l’année de L3. Les stages avant le recrutement des enseignants par concours sont des stages d’observation ou de pratique accompagnée.
Les lauréats aux concours, fonctionnaires-stagiaires, s’inscrivent alors en M2 mention MEF dans la spécialité correspondant au concours qu’ils ont réussi : professeur des écoles, professeur de collège et lycée, professeur de lycée professionnel, conseiller principal d’éducation.
La capitalisation des 60 ECTS de l’année de M2 leur permet d’obtenir le diplôme de Master délivré par l’université.
La titularisation relève du rectorat.

5) Souplesse des cursus pour les étudiants, des mentions sans exclusive

Afin de permettre aux étudiants de « circuler » entre master MEF et master Recherche, les nouveaux masters doivent être inscrits au niveau de la mention, ou de la spécialité, (et non du parcours) ; ainsi, les étudiants issus de licence ne seront pas placés devant des choix exclusifs.
Argument : Une des difficultés majeures engendrée par le projet de réforme gouvernementale réside en la mise en concurrence des masters recherche actuels et des nouveaux masters, qui risquent de « vider » les masters recherche en imposant un itinéraire unique aux étudiants ; car il est théoriquement impossible de faire deux masters dans la même spécialité. Il faut donc que les masters MEF et les masters Recherche soient fléchés comme des spécialités différentes (seule garantie pour que les étudiants ne soient pas « interdits » de masters recherche dès lors qu’ils auront fait un master enseignement, ou l’inverse.

Ex : un étudiant d’une licence d’un domaine pourra tout d’abord mener à bien une année de M1 mention Recherche, avant de s’inscrire en M1 mention MEF pour passer un concours. Statistiquement, les étudiants, déjà titulaires d’un M1 recherche sont actuellement beaucoup plus nombreux à réussir les CAPES en lettres, langues et sciences humaines. Il leur sera possible aussi de s’inscrire en M2 recherche, soit après leur année de M1 recherche, soit en même temps que leurs années de Master MEF, soit après avoir obtenu leur Master MEF. Mais un étudiant pourra aussi faire le choix de s’inscrire en M1 MEF dès après sa licence, par exemple pour passer le concours de professeur des écoles ou de professeur de lycée professionnel.

Cette souplesse d’itinéraires permet d’adapter la formation aux besoins de chaque spécialité du métier d’enseignant sans mettre en question l’unité du statut d’enseignant fonctionnaire.

6) Renforcement du lien entre Recherche et Formation professionnelle

La mastérisation doit être l’occasion de reconnaître et d’améliorer une formation de cinq ans aux métiers de l’enseignement. Un mémoire de recherche sera réalisé au cours de l’année de M2, dans un champ en relation avec les métiers de l’enseignement et de la formation : didactique disciplinaire, sciences de l’éducation, sociologie de l’éducation, histoire de l’enseignement … Il pourra être poursuivi au cours de l’année de néo-titulaire 1.
D’autre part, afin de favoriser la mise en place de « troncs communs » entre masters recherche et masters MEF au sein d’une même discipline, le groupe de réflexion propose d’étudier la possibilité de mettre en place au niveau du concours une épreuve supplémentaire de « recherche » (encore en débat au sein du groupe), consistant en un mini-mémoire qui serait présenté et évalué par le jury du concours, sur le principe des « épreuves sur dossier personnel » des concours d’entrée à certaines écoles, comme par exemple les écoles d’art. Les sujets de ce « mémoire » présenté au concours pourraient aussi bien porter sur la recherche disciplinaire que la recherche en didactique.
Argument : Une telle épreuve favoriserait la validation d’un M1 MEF en vue d’un M2 Recherche sur la base d’une réelle formation.

7) Agrégation

Le pré-requis pour passer le concours d’agrégation, en M1 MEF, est d’être titulaire d’un M1 recherche.


Enseignants ayant participé au groupe de réflexion :
Arnaud BAUBEROT (UFR LSH, Histoire), Jeanne-Marie BOIVIN (UFR LSH, Lettres modernes), Karine CHAMBEFORT (UFR LSH, Anglais), Martine DAUZIER (UFR LSH, Lettres modernes), Pascale DELORMAS (IUFM de Créteil, Sciences du langage), Jean-François DUBOST (UFR LSH, Histoire), Claire FABRE (UFR LSH, Anglais), Pierre FIALA (UFR LSH, Lettres modernes), Marie FRANCO (UFR LSH, Langues romanes), Isabelle LABORDE-MILAA (UFR LSH, Lettres modernes), Guillaume MARCHE (UFR LSH, Anglais), Didier MENDIBIL (IUFM de Créteil, Géographie), Eric PELLET (UFR LSH, Lettres modernes), Fabrice RIPOLL (UFR LSH, Géographie), Béatrice RODRIGUEZ (Langues romanes), Elisabeth ROTHMUND (UFR LSH, Allemand), Marie-Albane de SUREMAIN (IUFM de Créteil, Histoire), Michel SOLONEL (IUFM de Créteil, Géographie), Ludovic THELY(UFR LSH, Histoire), Tatiana WEETS (UFR LSH, Anglais)

Rédacteurs : Marie-Albane de SUREMAIN et Eric PELLET

Contribution pour une autre mastérisation
Université Paris 12
UFR de Lettres - SH / IUFM de Créteil

mardi 23 juin 2009

Une AG, une réunion, un pic-nic et pas d'enterrement

MARDI 30 JUIN, 18h
ASSEMBLEE GENERALE UNITAIRE
Amphi jaune
à l'appel des étudiants mobilisés


Propositions pour l'ordre du jour :
-La CNU d'été qui se tient le 27 et 28 juin à Paris VII
-Inscriptions et projet de campagne d'information à l'attention des étudiants s'inscrivant ou se réinscrivant
-Elections étudiantes au Conseil de gestion de l’UFR LLSH
-Utilisation de la caisse de grève
-Perspectives pour l'année prochaine


JEUDI 2 JUILLET, 11h à 12h30
REUNION DE MOBILISATION
Maison de l'Etudiant du CMC
.

Proposition d'ordre du jour de la réunion :
- Bilan des derniers Conseils
- Circulation de l'information
- Calendrier de réunions à partir de la rentrée
- Idées d'actions pour la rentrée
- Organisation et répartition des tâches

JEUDI 2 JUILLET,13H
GRAND PIC-NIC
PELOUSE DE L'AMPHI JAUNE

mercredi 17 juin 2009

Appel du 18 juin 2009

L'Université française a demandé à l'adversaire à quelles conditions honorables pourrait cesser le combat. Elle a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de l'Université, le combat devrait continuer.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, médiatique, de l'adversaire.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les armes médiatiques, la tactique des ministres qui nous font reculer. Ce sont les armes médiatiques, la tactique des ministres qui ont surpris nos « chefs » au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour l'Université. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car l'Université n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a une vaste Communauté derrière elle. Elle peut faire bloc avec la communauté universitaire européenne et mondiale qui continue la lutte. Elle peut, comme la communauté universitaire mondiale, utiliser sans limites les immenses ressources de l'esprit vivant.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre Université. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour terrasser un jour nos adversaires. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force dynamique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Alma Mater , symboliquement en exil à Thimpu , j'invite la communauté universitaire et les citoyens du monde où qu'ils soient, avec les armes invincibles de leur esprit, j'invite les chercheurs et tous ceux qui oeuvrent à la construction et à la transmission du savoir,où qu'ils se trouvent , à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance universitaire ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Demain, comme aujourd'hui, je m'adresserai à vous sur la toile et dans les médias auxquels j'ai accès pour que soit nourrie en chacun la flamme de la résistance.

vendredi 12 juin 2009

P12 aussi à la Manifestation intercatégorielle de samedi

MANIF INTERCATÉGORIELLE


De la Bastille, 14h30, vers Montparnasse


Itinéraire de la manifestation : Place de la Bastille, rue de Lyon, Avenue Ledru Rollin, Pont d’Austerlitz, boulevard de l’Hôpital, boulevard Saint Marcel, Boulevard de Port Royal, Boulevard du Montparnasse, Place du 18 juin 1940,

mercredi 10 juin 2009

Il faut sauver le chercheur Geisser et défendre les libertés académiques

Vincent Geisser, chercheur au CNRS, vient d'être convoqué devant une commission de discipline dans son institution. L'un des motifs de cette convocation est le manquement à l'obligation de réserve qui s'impose aux fonctionnaires.

En tant que chercheurs, universitaires et intellectuels, nous n'avons évidemment pas à nous soumettre à une telle obligation. Cette entrave à notre liberté de pensée et d'expression pourrait être lourde de conséquences. Vincent Geisser va passer en commission le 29 juin. Ses collègues de laboratoire le soutiennent et ont fait une motion pour le faire savoir. L'annulation de ce conseil de discipline ferait jurisprudence en la matière.

D'ores et déjà, le comité de lancement d'un Collectif pour la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs et enseignants-chercheurs de la fonction publique s'est constitué et les signatures ont commencé d'affluer.

Vous trouverez, ci-dessous la lettre ouverte à Valérie Pécresse, une prise de position d'Olivier Roy et la liste des premiers signataires.

Si vous voulez rejoindre et signer cet appel, il vous suffit de vous rendre sur la page suivante : http://petition.liberteintellectuelle.net/

LETTRE OUVERTE A MME VALÉRIE PÉCRESSE, MINISTRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE

L'influence des savants et des intellectuels est certes quelque peu en déclin dans notre nouveau modèle de société. Chercheurs, universitaires et intellectuels n'en continuent pas moins de creuser leur sillon, faisant fi du bruit et de la fureur extérieurs. Ce qui ne signifie pas qu'ils vivent dans des bulles hors du monde. Au contraire, ils sont plus investis que jamais dans la mission qui est la leur : contribuer avec d'autres à apporter à leurs concitoyens cet élément de pensée critique indispensable à la préservation de la démocratie. Grâce aux réseaux qu'ils tissent par la circulation de leur pensée et de leur parole, au-delà des préjugés, des mythes ou des frayeurs en vogue et de leur instrumentalisation, ils n'ont de cesse d'agir au nom de la liberté et de l'impartialité, quelles que puissent être par ailleurs leurs éventuelles appartenances religieuses ou affinités politiques. Nos sociétés, trop souvent soumises aux diktats des médias et de l'internet, ont besoin de cette parole libre, au seul service des principes de la démocratie, évoluant sans entraves et produisant du savoir, de la connaissance et de la réflexion. Il se trouve que dans notre pays la majorité des intellectuels appartient à la fonction publique, ce qui ne signifie pas qu'ils soient de quelque façon inféodés à des institutions ou au pouvoir politique, même s'il existe certes parmi eux des intellectuels organiques. Si la liberté est nécessaire pour penser et écrire, il va de soi que l'obligation de réserve qui s'applique en général à certaines catégories de fonctionnaires ne peut aucunement s'appliquer à leur cas, sauf à n'attendre d'eux que la reproduction d'une doctrine officielle et stérile. Aujourd'hui, la convocation devant une commission disciplinaire, de notre collègue Vincent Geisser, chercheur au CNRS, accusé de n'avoir pas respecté cette " obligation ", constitue un signe supplémentaire et particulièrement alarmant de l'idée que les institutions de notre pays semblent désormais se faire de notre rôle. Devrons-nous donc soumettre nos articles, nos livres, nos prises de position publiques à l'approbation de leur censure, alors qu'aucune consigne ne devrait émaner d'elles si ce n'est celle de la rigueur intellectuelle et de la créativité qui accompagne toute recherche ? Quels compromis honteux devrons-nous accepter pour échapper à l'humiliation d'un conseil de discipline ? La France, pays des droits de l'homme et de la liberté d'expression, est-elle en train de perdre son âme ? Comment continuer à faire notre travail, à assumer pleinement notre vocation, sous la menace constante de la sanction ? Que sommes-nous ? De simples courroies de transmission des idées qui ont l'agrément de nos dirigeants et des institutions qui nous emploient, ou des hommes et des femmes autonomes exerçant leur métier librement, en toute responsabilité, en toute honnêteté, et au service d'une recherche, d'une pensée et d'un savoir libres de tout carcan idéologique, n'ayant d'autre limite que la considération du bien commun ? L'obligation de réserve ne peut en aucun cas valoir pour les intellectuels, y compris lorsqu'ils sont fonctionnaires. Les y soumettre revient purement et simplement à les faire disparaître comme intellectuels, c'est ruiner la liberté dont ils ont besoin pour continuer leur œuvre salutaire, indispensable à la vie normale d'un pays politiquement sain, et qui a besoin d'eux pour son équilibre. Ce qui arrive à notre collègue Vincent Geisser, qui a le malheur de travailler sur l'islam, sujet brûlant s'il en est, est d'une extrême gravité et interpelle tous les citoyens de ce pays. Le traitement indigne auquel il est soumis est une honte pour la profession et pour la France.

AFFAIRE GEISSER - COMMUNIQUE D'OLIVIER ROY

« Je tiens à apporter mon témoignage personnel sur l’attitude du haut fonctionnaire de défense, car il ne s’agit pas d’un conflit personnel entre lui et Vincent Geisser, mais bien d’une attaque systématique envers les chercheurs qui refusent les clichés sur l’islam. En 2007-2008, j’ai reçu un mail signé du haut fonctionnaire de défense me reprochant de mieux traiter l’islam que le christianisme. Estimant que cette personne n’avait pas à faire état de ses fonctions en exprimant ses opinions personnelles à l’encontre d’un fonctionnaire sur qui il pouvait avoir autorité, et en accord avec mon directeur de laboratoire, j’ai ignoré ce message et je l’ai mis en spam. Il apparaît maintenant qu’il s’agissait d’une sorte de provocation et je regrette d’avoir traité cette affaire simplement par le mépris.
Olivier Roy Directeur de recherche au CNRS »

COLLECTIF POUR LA SAUVEGARDE DE LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE DES CHERCHEURS ET ENSEIGNANTS-CHERCHEURS DE LA FONCTION PUBLIQUE

COMITÉ DE LANCEMENT
1. Ghislaine ALLEAUME, directrice de recherches au CNRS, directrice de l'IREMAM
2. Jean-Christophe ATTIAS, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études
3. Etienne BALIBAR, professeur émérite à l'Université de Paris 10 Nanterre
4. Nicolas BANCEL, professeur à l'Université de Strasbourg, détaché à l'Université de Lausanne
5. Jean BAUBEROT, Professeur émérite de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l'Ecole pratique des hautes études
6. Esther BENBASSA, directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études
7. Daniel BENSAÏD, professeur de philosophie à l'Université de Paris 8
8. Pascal BONIFACE, géopolitologue, Université de Paris 8
9. Marie-Françoise COUREL, directrice d'études à l'EPHE, présidente honoraire de l'EPHE, ancienne directrice scientifique du département SHS du CNRS
10. Denis CROUZET, professeur à l'Université Paris-Sorbonne (Paris 4)
11. Alain DE LIBERA, professeur d'histoire de la philosophie médiévale à l'Université de Genève, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études
12. Christine DELPHY, directrice de recherche émérite au CNRS
13. Éric FASSIN, enseignant-chercheur à l'École Normale Supérieure
14. Nacira GUENIF, sociologue, maître de conférences à l'Université Paris Nord
15. Edgar MORIN, directeur de recherche émérite au CNRS
16. Laurent MUCCHIELLI, directeur de recherche au CNRS
17. Denis PESCHANSKI, directeur de recherche au CNRS, ancien directeur adjoint du département SHS du CNRS
18. Roshdi RASHED, directeur de recherche émérite au CNRS, professeur honoraire à l'Université de Tokyo
19. Olivier ROY, directeur de recherche au CNRS
20. Vincent TIBERJ, chercheur au Centre d'Etudes Européennes de Sciences Po et maître de conférence à Sciences Po
21. Tzvetan TODOROV, directeur de recherche honoraire au CNRS
22. Jérôme VALLUY, enseignant-chercheur, science politique, Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1, CRPS, TERRA)

PREMIERS SIGNATAIRES
23. Frédéric ABECASSIS, maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Lyon, École normale supérieure Lettres et Sciences humaines, En délégation au Centre Jacques Berque pour les Etudes en Sciences humaines et sociales, Rabat
24. Amin ALLAL, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), Tunis
25. Maria AMARA, doctorante en sciences politiques à l'IEP d'Aix en Provence
26. Françoise ASSO, écrivain, maître de conférences de littérature française à l'Université de Lille 3, membre du collectif "UNIvers.Cité"
27. Francis BAILLEAU, sociologue, directeur de recherche au CNRS
28. Hélène BELLOSTA, directeur de recherche honoraire, CNRS
29. Maïté BOUYSSY, maître de conférences (HDR) en histoire contemporaine à l'Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne
30. Noëlle BURGI, chercheure CNRS
31. Hélène CLAUDOT-HAWAD, directrice de recherche au CNRS
32. Albano CORDEIRO, retraité, CNRS
33. Michèle CREMOUX, Toulouse
34. Catherine CURRAN VIGIER, maître de conférences d'anglais, Université de Rouen
35. Laurence DE COCK, professeur agrégée d'histoire, IUFM de Versailles
36. François DESPLANQUES, MA retraité de l'Université de Nice Sophia Antipolis
37. Fabrice DHUME, sociologue, chercheur à l'ISCRA
38. Maryse ESTERLE HEDIBEL, enseignante-chercheure à l'IUFM Nord Pas de Calais, Université d'Artois, chercheure CESDIP
39. Colin FALCONER, formateur d'anglais à la retraite, actuellement intervenant à l'université de Paris 3 (Département de la Formation Continue)
40. Vincent FOUCHER, CR1 CNRS - Centre d'étude d'Afrique noire
41. Yvan GASTAUT, maître de conférences en histoire contemporaine;Université de Nice
42. Charles GIRARD, allocataire-moniteur en philosophie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
43. Denis GRIL, professeur à l'Université de Provence, rattaché à l'IREMAM
44. Jean-François HAVARD, maître de conférences en science politique,
Université de Haute Alsace - Mulhouse
45. Béatrice HIBOU, directrice de recherche au CNRS, CERI-SciencesPo
46. Christine HUGUET, maître de conférences en littérature anglaise à l'Université Charles-de-Gaulle Lille 3
47. Florence HULAK, ATER en philosophie à l'Université Paris 1
48. Moritz HUNSMANN, doctorant en Recherches Comparatives sur le Développement, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, Albert-Ludwigs-Universität Freiburg, Allemagne
49. Rada IVEKOVIC, professeure des universités, Université de Saint-Étienne & Collège international de philosophie, Paris
50. Stéphanie LATTE ABDALLAH, chercheur à l'IREMAM
51. Sylvain LAURENS, maître de conférences en sociologie à l'Université de Limoges
52. Christian LE BART, professeur de science politique, IEP de Rennes
53. Jean-François BAYART , DR1 au CNRS (SciencesPo-CERI)
54. Liêm-Khê LUGUERN, professeur d'histoire-géographie, doctorante EHESS-IRIS
55. Sami MAHBOULI, doctorant, Université Montpellier 1, CEPEL
56. Antoine MATH, chercheur à l'Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES)
57. Gilbert MEYNIER, professeur émérite à l'Université de Nancy 2
58. Soulé NGAIDE, Cimade
59. Olivier NOËL, sociologue, ISCRA-INED
60. Alexandre PIETTRE, doctorant "sociologie du pouvoir" - CSPRP, Université de Paris 7, Ater science politique - DCS, Université de Nantes
61. Gildas RENOU, Université Rennes-1
62. Alain RUSCIO, chercheur indépendant
63. Jean SALEM, philosophe, professeur à l'Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne)
64. Pierre SALY, maître de conférences honoraire en histoire contemporaine à l'Université de Paris 1
65. Aude SIGNOLES, maitre de conférences en science politique, Université de Galatasaray, ?stanbul (Turquie)
66. Patrick SIMON, directeur de recherche à l'INED
67. Bahram SOLTANI, Maître de conférences, directeur de recherche, Université de Paris 1 Sorbonne
68. Éric SORIANO, chercheur au CSU-CNRS (Paris 8) et à CRISES (Montpellier 3), maître de conférences en science politique, Université Paul Valéry
69. Sylvie THENAULT, chargée de recherche, CNRS (Centre d'histoire sociale du XXe siècle, UMR 80 58)
70. Claire VISIER, maître de conférences en science politique, Faculté de droit et de science politique, Université Rennes 1, membre du CRAPE.